Ancien site ACSCormeilles en Parisis
L’IDÉE
A la fin d’une réunion de notre club en juin 2009, Nicolas a évoqué le projet de faire Bordeaux – Paris (BP) en 2010, soit 620 Km entre Tresse (banlieue de Bordeaux) et Ballainvilliers (Essonne), dans une fourchette de temps de 32h et 36h. Je connaissais assez peu Nicolas, jeune adhérent du club avec qui je n’avais pas beaucoup roulé. Son idée m’a séduit. L’inscription à cette épreuve est ouverte à tout cycliste (brevets de 200 et 400 conseillés). Nous avons décidé d’en reparler plus sérieusement en mars 2010.
LA PREPARATION PHYSIQUE
En plus des sorties dominicales du Club, nous avons effectué des sorties le mercredi soir (en général 80 km), le samedi ou le vendredi. Notre objectif était de totaliser 3000 km avant juin, pour envisager notre inscription le 5 juin, dernier délai.
Nous avons ajouté quelques sorties nocturnes afin de mieux appréhender le monde de la nuit : visibilité, bruit et perception de l’environnement. Les contraintes et les sensations sont assez différentes. En effet, la nuit, la vitesse paraît plus grande qu’elle ne l’est en réalité. Nous imaginions rouler à 27 /30 km alors que notre vitesse réelle était de 22 /24 km. Mon vélo était équipé à l’avant une lampe et à l’arrière d’un feu rouge à diodes (CATEYE). Nous étions couverts d’un gilet jaune obligatoire. Au cours de ces sorties, la faune d’Ile De France est restée très discrète, nous n’avons vu qu’un putois, un renard et un chevreuil à Maisons Laffite.
Le brevet de 200 km de Mours en mars a marqué une étape importante de notre préparation.
Puis, Nicolas a organisé une virée de 364 km début juin. Départ de Cormeilles, à 3 heures du matin pour le Tréport, puis Dieppe et retour, avec une moyenne de 20 km/h pour objectif. Malgré un temps venteux et froid, nous étions de retour à 20h 30. Cette sortie a décidé de notre participation. Les mauvaises conditions météo rencontrées au cours de cette journée nous ont persuadés que nous serions en mesure de réussir. Nous avons également appris que quelle que soient les conditions climatiques, il serait indispensable de boire beaucoup plus, car nous étions déshydratés à l’arrivée.
LOGISTIQUE
Dés le début de notre préparation, mon épouse nous a assuré de son assistance en voiture : ravitaillement (bananes, gâteau de semoule, barres vitaminées), glacière avec des bouteilles d’eau de Badoit, d’eau de Perrier, affaires de rechange (maillot, imperméable, manches), sacs à dos pour la nuit, et matériel (pompe à pied, chaîne de rechange, huile pour chaîne). Alléger un maximum nos charges était non seulement une évidence, mais une nécessité. De plus, l’idée d’avoir une voiture d’assistance soutient le moral.
LES PRODUITS
3 jours avant l’épreuve, nous avons absorbé du Malto ( concentré de glucides lents en poudre à mélanger à de l’eau). Durant l’épreuve de l’Isostar, un comprimé de Guronsan pour éviter le sommeil (vitamine C + caféine) et utilisé de la pommade anti-frottement, crème solaire. Nous avons huilé les chaines la veille de l’épreuve.
BORDEAUX –PARIS
Vendredi = J - 1
Nous sommes partis de Cormeilles vendredi matin et arrivés à Tresse vers 16 h. C’est la canicule. Au retrait des dossards, nous apprenons qu’il n’y a plus de départ groupé par décision préfectorale (trop dangereux), qu’il n’y a que 2 ravitaillements sur les 6 contrôles du parcours. Le départ a lieu à partir de 6 heures après vérification de l’éclairage en état de marche et revêtu du gilet jaune.
Samedi 2 juin
Après une courte nuit, nous déjeunons à l’hôtel à 5 heures avant de rejoindre la ligne de départ.
Vérification de l’éclairage, carte de route dûment tamponnée, nous partons dans les premières lueurs de l’aube à 6 h 00. Après quelques coups de pédales, nous donnons nos chasubles phosphorescentes à Marie-Paule.
Il fait une température agréable (18°), une chaude journée s’annonce sous un ciel sans nuage. Nous sommes déçus de ne pouvoir « prendre les roues » d’un groupe. Beaucoup de cyclos sont déjà partis, à l’exception d’un groupe de 12 qui nous dépasse vite (avec deux féminines qui râlent déjà car ça flingue). Nous hésitons à prendre les roues et préférons aller à notre rythme afin de ne pas nous mettre dans le rouge dès le 15ème km. Nous avons convenu de rouler et de finir ensemble, Nicolas a le pneu de rechange et j’ai la pompe……
En Gironde, nous traversons les célèbres vignobles comme Château Petrus (Poemrol). Pas bon pour le vélo et pas le temps de s’arrêter…. Puis, nous traversons la Dordogne sur une belle route, avec un bon revêtement et un profil sympa.
Les choses se compliquent en Charente avec un profil nettement plus accidenté, voir pentu. Le mercure grimpe régulièrement mais sûrement. Nous sommes contents d’avoir pensé à prendre trois bidons car le premier contrôle est situé au km 102. La ronde des bidons commence…..
Nous rejoignons Marie-Paule arrêtée sur le bas-côté de la route, appareil photo à la main. Nous remplissons nos bidons, avalons (banane et barres) et lui donnons rendez vous au contrôle.
Nous rattrapons un groupe et décidons de rester dans les roues, mais les bosses le fractionnent et à nouveau nous continuons la route tous les deux. Le contrôle n’est pas à l’endroit prévu mais 21 km plus loin.
C’est indiqué sur la carte de route que nous n’avons pas bien lue. Déception !
Contrôle n°1 - km 133 – Marthon – 12 h :
C’est la canicule. Ravitaillement payant : sandwich et boissons. La voiture nous offre un complément.
Les contrôleurs nous confirment que le relief est tourmenté jusqu’au 4ème contrôle, soit pendant encore 150 km !!!! Nicolas m’avait vendu le projet comme un parcours plat et roulant !!!!! De plus le vent bien que modeste n’est pas favorable. Il vient de ¾ face. Une côte de 9 km qualifiée de « redoutable » nous attend dès notre départ du contrôle. L’ombre se fait rare. Le soleil est au zénith, 35 à37c°.
Marie-Paule a rejoint son frère, ancien coureur cycliste amateur, en haut de la côte de l’Arbre aux termes des 9 km de montée. Ils nous attendent avec encouragements et casquette au vent. Ambiance, Tour de France. Il est 13 heures. Les participants s’écroulent dans l’herbe, d’autres regagnent définitivement le confort et l’ombre d’une voiture. Nous vidons les bouteilles de Vichy et refaisons le plein de nos bidons. Il nous faut boire et boire encore, car le soleil est chaud (environ 37°). Le dégoût de l’eau plate et des barres de céréales trop sucrées se fait ressentir.
Dans une bosse, nous doublons une cyclote qui roule avec un seul pignon à l’arrière et un plateau à l’avant….chapeau ! Marie-Paule nous dépasse en nous adressant des coucous, mais ne s’arrête pas. Elle n’a pas compris nos signes. Nos bidons sont déjà vides. J’ai un petit coup de faiblesse due à un début de fringale.
Nous acceptons avec plaisir l’eau de source de la « Charente » proposée par un riverain, geste qui est à rapprocher des bravos et autres manifestations sympa des gens croisés aux bords de la route.
Contrôle n° 2 - km 229 - L’Isle sur Jourdain - 16h15.
Le contrôle est situé sur la place du village, face à un café. Nous retrouvons Marie-Paule et mon beau-frère qui regagne son domicile avec un « bon courage » teinté d’envie. La glacière regarnie est la bienvenue. Nous mangeons du gâteau de semoule, de la banane. Rafraîchis et rassasiés, nous reprenons la route, après avoir convenu avec Marie-Paule d’un code gestuel pour qu’elle s’arrête si besoin. Pour l’instant, tout va bien. Nous assurons nos relais régulièrement et buvons souvent, même si l’eau est de plus en plus difficile à avaler. Nous roulons avec un groupe de Ballainvilliers pendant 20 km. Mais ils s’arrêtent à leur camion pour se ravitailler. Nous faisons une pause nous aussi, j’en profite pour me masser les pieds car je commence à avoir une sensation de brulure sous la plante du pied droit. Je desserre mes chaussures sur les portions plates. La brulure ne réapparaîtra plus.
Contrôle n° 3 – km 311- Martizay – 20 h 30
A Martizay, nous profitons du 1er ravitaillement offert par l’organisation. Les bénévoles expliquent qu’ils restent jusqu’au passage du dernier participant, soit pour eux une présence dépassant 24 heures. Le manque de bénévoles remet fortement en cause l’organisation d’une future édition.
Nous décidons de continuer et de regagner Romorantin pour y dormir soit 105 km.
La route continue à onduler. C’est le crépuscule.
Marie-Paule, qui a diné sur les bords de l’Etang de la Gabrière, nous rejoint. Nous prenons nos sacs à dos pour être en autonomie jusqu’à demain matin. Après une nuit à l’hôtel, elle nous rejoindra dimanche matin vers Orléans. Les lumières allumées, le gilet jaune enfilé nous reprenons notre route. Le vent est tombé, la lune est apparue et nous roulons bien. Le revêtement routier est bon, très peu de voitures, il fait bon (24°) et nous ressentons une impression de liberté et de plénitude très agréable.
Nous roulons avec un cyclo belge. Son éclairage est presque aussi performant qu’un phare de voiture. Il a une dynamo intégré dans le moyeu de sa roue avant et un éclairage à diode à son guidon. Décroché dans les bosses, il revient sur le plat. Nous l’avons perdu de vue lors d’un arrêt « technique ».
Dimanche = 2ème jour
Contrôle n° 4 - Noyers sur Cher - km 379 - 0h 25
Le contrôle est situé devant un bar, le Narval. Nicolas se régale d’un casse croute au camembert accompagné d’un demi panaché, je ne mange qu’une banane arrosé d’un demi. Le premier des « bons », catégorie sportifs qui fait le parcours en 28 heures, arrive. Il est précédé d’une voiture avec gyrophare. C’est un prototype de vélo couché qui ressemble à un cigare. Le pilote, de Marseille, ne descend même pas de sa machine pour faire tamponner sa feuille de route. Nous apprenons que le peloton des « bons », départ 14h00 le samedi, a explosé après avoir roulé à 40 de moyenne, sous la canicule, sur les 130 premiers Km. Les 3 premiers poursuivants sont à 15 minutes, puis vient un groupe de 6 à quelques minutes et le reste des engagés éparpillés.
Après avoir apprécié notre collation nous repartons pour Romorantin. Nous sommes rattrapés par un groupe de cyclos, rencontrés lors de notre brevet de 200 km et nous roulons vite, voir trop vite, car il fait nuit et il restera après le repos 205 km pour rejoindre l’arrivée. Mais la route est belle, c’est la pleine lune, l’euphorie et nous prenons plaisir à nous tirer la bourre.
Contrôle n° 5 - Romorantin - 416 km - 2h 25.
Record personnel battu. C’est la plus grande distance que l’un et l’autre ait parcourue d’une traite. Le contrôle a lieu dans une salle de spectacle. 2éme ravitaillement du parcours offert avant de dormir un peu. Hébergement très spartiate. La scène de la salle de spectacle fait office de dortoir. Pas de matelas, il nous faut dormir à même le sol. J’utilise un cuissard de rechange comme oreiller. Lorsque Nicolas me réveille à 5 heures, heure prévue pour notre départ, comme lui, j’ai la sensation d’être bien reposé, malgré 2h00 max de sommeil. La température est fraîche, les manchettes, les jambières ainsi que le gilet jaune sont les bienvenus. Je glisse un morceau de carton sous mon maillot.
Le profil de la route est moins tourmenté, c’est la Sologne ; nous avons de bonnes sensations et avançons bien malgré quelques douleurs au séant. Il reste environ 200 km pour rejoindre Ballainvilliers, soit une dizaine d’heures de vélo. Paradoxalement cela nous semble peu.
Avec les premiers rayons du soleil, la température se radoucit, nous retirons manchettes et jambières. Après quelques centaines de mètres, je fais demi-tour pour récupérer mes gants oubliés sur un muret. Nicolas en a profité pour faire une petite pause. Nous décidons de prendre un solide petit déjeuner dés que possible. Nous traversons plusieurs villages de Sologne sans voir âme qui vive… C’est dimanche et tôt. Enfin, vers 7 heures, une auberge typique…! Les restes de la veille sont encore sur les tables. La patronne à l’air de dormir debout et est dure d’oreilles. A force d’attendre le café et les tartines, le besoin de sommeil refait surface. Un vrai coup de barre.
Le groupe avec qui nous sommes arrivés à Romorantin nous rattrape et nous prenons les roues. Un feu rouge, que nous respectons, nous fait perdre le contact et nous reprenons notre propre rythme. Ce qui est peut-être une bonne chose car cela allait un peu trop vite.
La Beauce et ses cultures intensives à perte de vue se profilent. La route tracée à la règle coupe les champs de blé et de cultures….. de pavots. Juré, nous n’avons pas consommé. Le vent s’est levé. Il souffle de ¾ face et ce n’est pas ce plat pays qui l’arrête. Le soleil accomplit aussi son travail de sape. Marie-Paule nous soulage de nos sacs à dos vers 11h00. Nous refaisons le plein des bidons et mangeons légèrement. Le point de contrôle n° 6 est à 20 km.
Contrôle n° 6 - Autruy Sur Juine -
Dernier coup de tampon avant l’arrivée. Nouveau casse croûte à la voiture. Il est 12 heures. Nous retrouvons 2 cyclos du groupe qui sont HS et attendent pour repartir. L’un d’entre eux a explosé et abandonné.
Nous sommes doublés par quelques voitures avec des vélos portant des plaques de Bordeaux- Paris. Nous voyons un concurrent raccrocher son vélo sur sa voiture à 80 Km du but. Dommage !
C’est de nouveau la canicule. Nous sommes dans le rythme. Nous sommes maintenant sûrs de finir ensemble et dans les temps, mais nous en gardons sous la pédale car l’Ile de France réserve 2 ou 3 côtes sévères. Nous retrouvons le groupe de Ballainvilliers et roulons ensemble pendant un bon moment. L’un d’entre eux hurle « Sur les deux, j’en ai une en sang, je ne mets pas de slip pendant quinze jours », la selle aura fait un blessé de plus.
A Marcoussis, alors que nous allons nous rafraichir à une fontaine, nous avons le plaisir d’être accueillis par les copains du club. Ghislain (l’inconscient) a même le courage de nous embrasser.
Nous grimpons la côte dite « de l’escargot » suivis des copains en voiture, encouragés par le sifflet à roulette de notre nouveau Directeur sportif, avec photos et klaxon. Beaucoup de bruit et un accompagnement très sympa qui nous redonne du tonus.
A 15 heures, la petite famille de Nicolas, Marie-Paule, les copains du club, nous ont offert une arrivée chargée d’émotion et de gaieté. (Voir le compte rendu de Ghislain sur notre arrivée).
BORDEAUX-PARIS RANDONNEURS 2010 comptait 623 Km que nous avons parcourus en 33 h 02’ à la moyenne de 18,799 Km/h et nous terminons 209 et 210 èmes.
A mon compteur, s’affichent 626 Km effectués en 26h 18’ à la moyenne de 24,7 Km/h.
Lundi = J +1 et conclusion
Après une bonne nuit, j’ai seulement ressenti des fourmis dans les doigts des mains et une sensation d’insensibilité des plantes de pieds qui a durée deux jours.
J’ai réalisé que Paris-Brest-Paris, autre épreuve de randonnée de 1 200 km, demande le double d’efforts et qu’il aurait fallu remonter sur le vélo pour faire 600 km supplémentaires au lieu d’aller se coucher.
Remerciements
- à Marie-Paule qui a assuré l’assistance, a été présente tout au long du parcours et nous a ravitaillés autant que nécessaire. Sa présence nous a apporté confort moral et assurance.
- à Jacky pour nous avoir fourni des parcours d’entrainement …même si nous ne les avons pas utilisés
- à Alain qui a changé mon câble de dérailleur avant, la veille du départ (ouf !)
- à Jacques, Guy et Michel qui nous ont encouragés par téléphone
- à Ghislain, Michel, Noel qui nous ont accompagnés pendant les derniers km
- à Madame Bon et ses enfants pour l’accueil, la banderole, et bouquets de fleurs dignes de l’arrivée d’une grande classique
- à tous les copains du club qui nous ont soutenus
Et mention spéciale à Nicolas, pour son initiative, sa bonne humeur pendant ces 2 jours inoubliables, sans qui je n’aurais pas participé à cette belle randonnée.
Nous espérons que ce récit donnera envie à certains pour de grandes distances …
Jean-Marc et Nicolas